L'essence du lied romantique allemand

Publié le par stephen0711

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I Tentative de définition

            Chant individuel accompagné souvent au piano mais pas forcement (ensemble instr.). Chant individuel qui se différencie du chant religieux, de l’air d’opéra (attention au lieds spirituels de Brahms), de la romance. Pourtant il existe des lieds polyphoniques (entre le madrigal et le lied). Il existe des gesänge, origines du lieds en Allemagne. Aussi lay ® leiche (cadavre). Définition en 1866 : genre de poésie bien défini par les allemands. Pour nous, toute la poésie possible (hors épique et lyrique). Toute tentative de définition aboutit donc à l’échec. En tout cas, ce n’est pas une mélodie en allemand. Selon Heider, « le lied est ce microcosme où vient se nicher une ambiance, une stimmung. » Fin 18ème, apparait ce genre sous influence opératique ( kurstlied, lied savant), et d’autres à usage populaire (volkslied). S’illustrent : Haydn, Gluck, Mozart :

Gluck : odes et lieders entre 1773 et 1785. Présence de cycle. Ambitus restreint, piano qui double, accompagnement sommaire. « Die früten gräber » (klopstock).

Haydn : en allemand ou en iltalien sur des textes italiens.

Mozart : sur du Goethe : « la violette », « la fileuse ». une quarantaine. Proche de l’idéal intimiste schubertien. Abandonne la forme strophique du volkslied.

Extrait : Haydn. Lied sur un texte de Hotter. Le piano propose la phrase, puis cette dernière est reprise par le chanteur. Forme strophique.

Extrait : Mozart. « An Chloë », plus d’indépendance entre voix et acc. Inspiration opératique. Forme rondo varié.

II Quelques préromantiques

            Groupés dans les écoles de Berlin. La seconde école est la plus importante (la 1ère, c’est C.P. Bach). Schultz (1747-1800) : « lieder in volkston », dans le ton populaire. Hiller, disciple de Rousseau. Freidrich Reichardt (1752-1814) : créateur du liedspiel, jeu scénique musicalisé influencé par le vaudeville français. Typiquement romantique quand il peint les univers fantastiques. Il s’appuie sur des textes de Goethe, Heider, Schiller. C.F. Zelter (1758-1832), fondateur des choeurs d’hommes. Il suscite la résurection de la passion selon St Mathieu avec Mendelsohnn. Compositeur d’environ 400 lieder avec refrains et harmonie simple.

Extrait : Reichardt. « Müt », texte de Goethe, esprit dramatique où le texte prime.

En marge de cette école on trouve : Zumsteeg (1760-1802), créateur de la ballade romantique non strophique. Il tourne le dos aux sujets mythiques. Admiré de Schubert, ami de Schiller (~ 300 lieder). Loeuve (1796-1869), s’illustre dans la ballade, la légende où il adopte la forme strophique. Très romantique dans ses sujets (fantastique, monde nocturne). Répertoire varié : espagnol, hébraïque, oriental, létonien ...

Extrait : Loeuve. Opus 141 n°1, « Meeresleuchte », lueurs de la mère, accompagnement très Schubertien. Il manipule l’humour par rapport à ses contemporains.

Robert Franz (1815-1892), ~ 350 lieder, grand modèle pour Schumann et pour Liszt. Goût littéraire soigné, surtout pour Heider.

III Textes et Esthétiques

            En Allemagne, l’élément littéraire est prépondérant (¹ mélodie). L’Angoisse est quotidienne et métaphysique. L’échapatoire : l’humour ou l’ironie fantasque (Tieck, théâtre Hoffmann). Les auteurs aspirent à un art plus proche de l’âme humaine. Selon Schiller, « Il faut brûler pour être », c’est à dire répudier le présent et chercher à s’évader, d’où la récurence d’un grand thème : le voyage. Le bonheur est là où l’on n’est pas : errance, promeneur, wanderer. Voyage dans l’espace et dans le temps : recherche dans la vieille Allemagne et des sources médiévales. Voyage dans l’esprit, avec des auteurs comme Hölderlin, Kleist qui ont soif de solitude au sein de la nature (personnifiée, confidente et maléfique). Þ pessimisme fondamental du lied. L’aboutissement final, c’est la mort, terre d’asile pour le voyage.

Heider, ironie acerbe. J.-P. Richter, mêle prosaïque et profond. Tous deux ont des affinités avec Schumann. Lenau aussi. Mörike, peintre de l’ombre, du nocturne et de la pénombre. Goethe qui travaille avec Zelter; selon lui « la musique est pure irraison, et la parole a seulement affaire à la raison ». Ce dernier éloignera Goethe de Schumann et de Beethoven.

L’idéal, c’est le kunstlied dans le volkston. Attaché à la forme strophique «  on atteind le caractère d’un tout illustré par la répétition de strophes identiques. »

IV Formes et lieder

- Strophisme, plus pur et varié

- Forme à refrain, à ritournelle

- Forme en récitatif, plus déclaré

- En deux volets plus ou moins égaux

- Tripartite sur le modèle ABA’ (p.109 tome 1 du Michels)

Le piano a une importance expressive croissante : il soutient mais aussi commente.

V La production de lieder chez Beethoven

            Exaltation romantique, thèmes religieux à tendance panthéiste. Il recherche ma Sechnsucht : nostalgie de la patrie, de l’exil, mélancolie un peu maladive. Il se situe entre la seconde école et Schubert. Mais le lied n’est pas son domaine de prédilection, davantage pianiste avec ses sonates plus révélatrices. Le piano et la vois restent dépendants, forme strophique. Parfois son lied devient plus récitatif-arioso, voire pseudo choral.

·      Opus 52 : texte de Goethe, Claudius

·      Opus 46 : 1796, « Adélaïde », romance-cantate pour voix et piano. Poème de Matthison. Sorte de fresque panthéiste décrivant une femme idéalisée, identifiée à la nature (Extrait). Partie pianistique assez élaborée, déclamation syllabique très modulante.

·      Opus 48 : 1802-1803, textes de Gellert, chants spirituels brefs.

·      Opus 75 : 1809-1810, poème de Goethe

·      Opus 83 : 1809-1810, Goethe

·      Opus 32 (1804) et opus 94 (1815) : lied « à l’espoir » : doute de l’existence de Dieu se transforme en foi et en certitude. 4 strophes, durchkomponiert. Texte de Tiedge. Style plus déclamatif (entre récitatif et arioso).

·      Opus 108 (1810-1816) : 131 volkslied : influences irlandaise, écossaise, galloise, pour soliste, duo et choeur.

·      Opus 65 : « a perfido »

Il y a des lieder séparés de formes variés. Lied sur « mignon » de Goethe.

·      Opus 98 : « à ma bien aimée lointaine » « An die ferne Geliebte ». Texte de Jeittels. Premier cycle décisif dans l’histoire du lied, modèle pour Schubert et Schumann voix autonome qui s’exprime dans un semi-volkston. Rapport thématique entre premier et dernier lied. Il y en a six. Premier en mibM (thème et variations), 2ème en Sol (plus hésitant, passage en psalmodie, forme tripartite). 3ème en Lab/lab (ton napolitain du précédent, très schubertien, accompagnement en triolets, à la fin dans le style du choral), 4ème en Lab (dansant et populaire, thématique sur l’air et l’eau), 5ème en Do (strophique, prise d’indépendance du piano, fausse apparence de joie), 6ème en Mib.

Conclusion : Beethoven pense le lied en pianiste, est gêné par le texte. « Il a manqué à Beethoven la devination et la divination de l’univers verbal ». Le temps de Beethoven est un temps synthétique qui ne clos pas.

 

VI Weber (1786 - 1826)

Plus en accord avec la sensibilité de son temps par rapport à Beethoven. Pianiste virtuose, guitariste, chef d’orchestre, compositeur, critique musical, peintre et graveur. Avant Wagner, il pense au concept d’art Total. Recherche de nouveaux moyens d’expression dans sa quête de l’évocation. Souci d’unification par le thème. Dans ses lieder, rôle au piano secondaire. Très respectueux de la prosodie, son langage harmonique sera volontiers simplifié. Environs 128 lieder séparés et deux cycles (1814 pour opus 41, 1816 pour opus 46). Il met le chant par dessus tout. Il vénère Goethe, Tieck ... mais ne cherche pas les grands poèmes, mais plutôt les mineurs. Inspiré par la musique italienne (élève de Valesi), et le canto spionato (chant lié). Son objectif, vivre avec le peuple par la chanson.  Il va quand même lutter contre l’italianisme ambiant.

Extrait : opus 30 n°3 « Elfen Lied », le chant des elfes. Forme strophique variée.

Conclusion

Balbutiements du lied (Gluck ...) ® Beethoven, Weber. Le lied préromantique est très important : prise de conscience du sentiment national. (Allemagne écrasée par Napoléon en 116). Schubert et Schumann vont effacer les précurseurs. Affranchissement du strophisme, extension du lied dans la durée, besoin, désir du cycle, porté à son apogée chez Beethoven, volonté du mélange du populaire dans le savant.

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Publié dans MUSICOLOGIE

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