Le cas Wagner
Le cas WAGNER

Un cas pathologique, incompris par ses semblables. Nietzsche a éprouvé une grande passion pour Wagner : « c’est un premier périple autour du monde de l’art nouveau ». il n’y aurait pas d’art avant lui. Jeune homme autodidacte. A écrasé Wolf, Bruckner. C’est le type même du mégalomane : son propre théâtre (un sanctuaire) à Bayreuth inauguré en 1876. Wagner incarne un poète, philosophe (selon Diderot dans sa définition du sage). Selon Niet., c’est un artiste complet qui pense à la fois à toutes les branches de l’art.
Wagner est un poète et non un librettiste. Il écrit en vers libres, de longueurs différentes. Il met de côté les rimes et est plus attaché aux allitérations, aux assonances et les organise selon le stabreim : s’appuyer sur des mots qui ont des sonorités « les uns des autres »; système littéraire étroitement lié à la composition musicale. Il aime les Tragiques grecs, Hoffmann, Shakespeare, Hegel (pour sa structure), Proudon, Schopenhauer. Wagner conçoit ses poèmes en trois actes : exposition (personnages, contexte), péripétie, dénouement ® thèse, antithèse, synthèse ® A, A’, B = forme bar héritée du moyen-âge.
Wagner s’oppose à l’art divertissement : c’est un art message, un art religion. Le but, c’est le message que la musique doit rendre clair. Wagner va accorder de plus en plus d’importance à l’orchestre qui prendra en charge une partie de la signification.
Le théâtre est un lieu de catharsis. L’opéra de Wagner n’est pas un opéra d’action, mais un opéra de méditation, de réflexion.
1. Le parcours initiatique (cf. La flûte enchantée, le freischütz)
Siegfried, Parsifal. L’idée est typiquement germanique.
2. La glorification du saint art allemand.
Les maîtres chanteurs (choral)
3. La rédemption
Grâce à un amour héroïque, sacrificiel : Santa, Elisabeth
4. La prédestination, la fatalité, l’irresponsabilité
Tristan et Isolde
5. L’errance
Monde visible / monde supraterrestre, pureté / maléfique. L’errance et la rédemption sont des idées romantiques.
6. L’élévation morale, la connaissance d’autrui par la pitié
Parsifal
7. L’appel à la mort libératrice, l’anéantissement du vouloir vivre, la métempsycose
8. Le tiraillement entre le bien et le mal, se résumant à un manichéisme cruel, primaire voire spirituel.
9. La nature sombre, inquiétante.
L’auditeur est soumis dans son opéra, à un rite initiatique progressif et parallèlement à un parcours régressif (origine, passé antérieur). C’est le phénomène d’anamnèse. Le parcours amène au dénouement plus ou moins amnésique, d’où le retour au passé : les premiers actes sont souvent remplis de monologues explicatifs assez fastidieux. Wagner procède alors par réseau entre ses différentes oeuvres. Le processus wagnérien amène l’auditeur à un réseau. Wagner veut se rendre maître d’un grand tout, d’une grande oeuvre unifiée.
Admiration pour Beethoven, Weber, Gluck, Mehul, Bellini, Meyerber, Berlioz (pour l’orchestre), Liszt (renouvellement harmonique fondamental, travail de métamorphose thématique).
1. La structure
Wagner recherche l’unité organique, il rejette donc l’opéra à numéros au profit d’un drame continu. Il restaure la dignité du sujet, sa continuité, le tout porté par l’orchestre. Il va donc utilisé des thèmes fondamentaux, plus tard leitmotiv.
A. Le rôle sémantique
Les leitmotiv sont attachés à des personnages, des psychologies, des états d’âme, des objets. Les motifs « blasonnent » les personnages selon Baudelaire). Les leitmotiv sont confiés à l’orchestre. On a donc un double discours utilisé au maximum : prémonition de l’avenir, retour du passé, association d’idées que le texte ne peut porter tout seul. Il existe un discours sous-jacent, tout un réseau souterrain de signification, tout une investigation du subconscient. Mais attention à la caricature du leitmotiv : pas de visite guidée de la partition à l’aide « d’une liste ».
B. Le rôle structurel, place dans le déroulement
Selon Bergson « percevoir, c’est se souvenir ». Il y a chez Wagner une abolition des repères formels, c’est l’apport le plus subversif du compositeur. Les leitmotiv restent les seuls points de repère dans le temps. Les leitmotiv :
- sont malléables
- n’ont pas d’identité tonale
- ni rythmique
- ni de tempo
Une fois le leitmotiv porté à maturité, on est loin de l’idée fixe (cf. Berlioz).
2. L’orchestre
Il occupe la première place. Beaucoup de rythmes de marche, interludes, ouvertures. L’orchestre est symbolique, et non décoratif, prenant en charge tout le signifiant. Vents renforcés (bois et cuivres par quatre), trompette basse, sourdines. Il ne « maltraite » pas l’orchestre comme Mahler. Les cordes restent prédominantes : lyrisme, passion amoureuse. Il divise les pupitres des cordes à l’infini (prélude de Lohengrin : le céleste s’ancre peu à peu dans le terrestre). Le Fespielhaus (1876) : théâtre des rêves : l’orchestre se fond dans une fosse invisible (= abîme mystique) : c’est un principe acoustique très pensé.
La mélodie continue : large déclamation sans carrure systématique mais très expressive. Le texte et le chant forment un tout indissociable. Les chanteurs sont acteurs. Il accorde peu de place aux ensembles. Déclamation syllabique, le texte n’est pas vocalisé.
3. Le langage musical
L’écriture ouvertement contrapuntique est très rare. On parle plutôt de polymélodie. Harmonie enrichit au contacte de Lizst (1853 - 1858), peu d’accords consonants, cadences conclusives sans cesse repoussées. Modulations permanentes liées au sens, chromatisme mélodique et harmonique exacerbé. Des enharmonies qui anéantissent toute fixité tonale. Chromatisme : tension, désir, attente, vouloir vivre.
1. Les premières oeuvres
1833 : les fées (Godzi), lignée de Weber
1836 : la défense d’Aymé
1837 - 1840 : Rienzi. Ecrit pour Paris, en cinq actes. Dans la continuité des opéras de Meyerber / Scribe
2. Les sujets légendaires
1843 : le vaisseau fantôme. En trois actes sans interruption. Conte populaire, côté fantastique.
1845 : Tanhäuser. En trois actes. Ouverture en arche. Très manichéen : le Venusberg (le charnel, la débauche), le château de Wartburg (le spirituel)
1848 : Lohengrin. Créé à Weimar. L’action se passe au 10ème siècle à Anvers. Pas d’ouverture mais un prélude construit sur l’unique thème du graal. Selon Baudelaire, « on retrouve la sensation vertigineuse de l’opium ».
1859 : Tristan et Isolde. Légende de Godfried de Strasbourg. Leur passion doit transcender le temps, et irradier pendant toute l’éternité. Du point de vue musical, c’est la continuité qui sert d’auto-engendrement au discours musical.
1868 : les maîtres chanteurs. Comédie lyrique. Il y est question d’ancienne et de nouvelle musique (réconciliation). Grand succès. Une fugue et un peu de contrepoint. Il n’aime pas appliquer des règles fossilisées.
3. La tétralogie
La technique du leitmotiv accède à la fusion du drame et de la musique. Créée en 1876 pour l’inauguration du théâtre. Légende germanique : Edda (l’Anneau)
1853 : l’or du Rhin
1855 - 1857 : Les Walkyries
: Siegried
~ 1870 : Le crépuscule des dieux
4. Le drame ultime
Parsifal en 1882 « un mystère cynique sacré ». lieu du bien, lieu du mal. Rédemption par le graal, la danse et le vendredi saint. Une oeuvre messianique. Wagner arrive à décrire une liturgie où se mêle mysticisme et messianisme. C’est que Niet. quitte Wagner.
Première conclusion
Selon Boulez, « son héritage musical reste le privilège de ceux qui pourront le comprendre, le saisir, l’assumer ». Il y a une notion chez Wagner de trajectoire, l’idée d’un Tout (¹ Verdi, Gounod), sublimation de la souffrance, investigation du mystère. Selon Levi-Strauss, Wagner est le premier grand structuraliste du mythe. Tout passe par le prisme allemand. C’est un homme « par delà le bien et le mal ».
Du recul sur le 19ème siècle
Opposition musique vocale et instrumentale : ces termes restent-ils opposés ? est-ce un paradoxe de vouloir les unir ? si le 19ème siècle apporte la suprématie à la musique instrumentale, les lieder ... appartiennent-ils à la tradition ? le répertoire lyrique est plus signifiant grâce à l’orchestre qui se charge du non-dit. « La musique instrumentale est le plus romantique des arts » selon E.T.A. Hoffmann. Elle est l’emblème du 19ème siècle « car son unique sujet est l’infini ».
Le romantisme est-il prise de conscience ou synonyme de liberté ? si liberté il y a, est-ce que liberté rime avec éclectisme ? ... des impressions : la profusion, l’excès, le goût pour l’emphatique, le lyrisme généreux qui aboutit parfois à un certain chaos (désordre et abondance).