Martial Solal à Jazz à Juan 2006


Martial Solal Trio
A Juan, nul doute que Martial Solal ne se sente comme un poisson dans l’eau : déconstruire pour reconstruire, c’est son crédo ; c’était déjà celui de Picasso réinventant « la joie de vivre » au château Grimaldi. A son actif, une carrière protéiforme que nous nous garderons bien de résumer, sauf à devoir mentionner tous ceux qui l’aiment, le respectent à l’égal des plus grands. Compositeur éclectique (il est l’auteur de la musique de « A bout de souffle » de Godard), orchestrateur autodidacte, son talent dépasse l’Europe et les frontières du jazz. Pour lui Marius Constant a écrit son « Concerto pour trio de jazz et orchestre ».
Bref, pour reprendre la formule du critique Patrick Herzog, « Dès qu’on cesse de prendre le jazz pour du « Jazz », Martial Solal s’impose à tous ». Pianiste original, perfectionniste, il fait preuve également d’un très remarquable talent d’improvisateur, dont témoignent ses nombreux enregistrements avec Django Reinhardt, Sidney Bechet, Art Farmer, Lee Konitz, Stéphane Grapelli ou encore Michel Portal … Une chose est sûre : il n’en n’aura jamais fini de chaque note, de chaque accord : « j’ai toujours eu de l’ambition pour le jazz. Pas pour moi. Pour la musique. Certains musiciens font passer l’envie de se faire connaître avant l’élévation de la musique ». Belle ambition, belle leçon des choses !
Le twist de Martial
Lorsqu’il fit sa première apparition sur la scène de « Jazz à Juan », c’était à l’heure du premier festival. En 1960 ! Martial Solal venait alors de composer la musique du film de Godart « A bout de souffle ». Et figurez-vous que cette année-là, il fut aussi à l’origine d’une chanson, un tube comme on dirait aujourd’hui, en aidant son ami Guy Lafitte à trouver les accords d’une bluette « alimentaire », le fameux « Twist à Saint-tropez ». Pas la peine cependant de la demander en rappel, il le confesse avec un sourire : « Je serais bien incapable de jouer ce morceau aujourd’hui. La seule chose que je connaisse à son sujet, ce sont les droits de la Sacem qui tombent depuis ! » Depuis justement, Martial a donné la mesure de son exceptionnel talent et de sa fidélité à Juan : 1974, 1979, 1981, 1998, 2000 et … 2006 ! Une bien belle histoire d’amour !