L'experience de Jean-Pierre Mialaret

Publié le par stephen0711

L’expérience de Jean-Pierre Mialaret

   

Je tenais à rendre hommage à cet homme, enseignant, chercheur, musicien et mélomane, que j'ai suivi de la licence au DEA. Ma rencontre avec M Mialaret a été décisive dans tous mes choix professionnels et a révélé mon amour profond pour l'enseignement. Je n'ai jamais rencontré d'enseignant à tel point à l'écoute des autres. Son enseignement conditionne entièrement ma manière d'agir et grâce à lui, je ne cesse jamais de me remettre en question. Je vous recommande l'ouvrage qui lui est dédié :

BOUDINET, Gilles, FILJAKOW, Claire, Mélanges pour Jean-Pierre Mialaret, De la fondation des Sciences de l'Education Musicale ..., Ed. l'Harmattan, Paris, 2005.


Institut à Gentilly. Enfants psychotiques placés soit en internat, soit en hôpital de jour. L’activité musicale y occupe une place particulière et importante. C’est un lieu pluridisciplinaire : infirmières, médecins, psychologues, intervenants parler des mêmes enfants avec des mots différents : une ouverture pluridisciplinaire qui relativise le problème sur les enfants.

Années 1970 : grand courant de réflexion sur la déficience mentale. Remise en question dans la notion de débilité mentale conçue au départ comme de l’intelligence en moins. En fait, il s’agit d’enfants angoissés qui préfèrent ne pas apprendre pour ne pas éprouver des angoisses. Combler un manque ? non, développer une relation, combler une attitude.


Dès le départ, il bénéficie d’une liberté institutionnelle quasi totale. Il aménage des « clubs musique », des ateliers de création musicale. Au départ difficilement définissables dans leur projet ( projet de situation d’éducation musicale impliquant la transmission d’un savoir). Dans cet atelier, il ne cherche pas à développer des connaissances techniques ne pas apprendre la musique mais faire émerger une dynamique expressive ( situation d’éducation). Les enfants ont envie de faire de la musique. Mais quand il s’agit d’apprendre …

Alors comment mettre en place des situations de « faire » sans passer pour l’intégration de données techniques.


Impossible de donner une dimension éducative à ces clubs. La musicothérapie formule l’hypothèse que le musical en lui-même peut soigner. Mais il est impossible d’établir un projet musicothérapeutique. C’est une pratique sur des bases théoriques très fragiles. L’activité musicale permet d’établir des articulations temporelles chez ses enfants « segmentés.

Difficulté de se situer : éducateur ou musicothérapeute. La lecture des travaux du Dr Winnicott permet un appui théorique, donne du sens à de tels clubs aménager une aire de jeu. Toute personne qui joue se trouve dans une zone d’activité intermédiaire entre l’intérieur et l’extérieur de soi même, entre le rêve et la réalité. L’aménagement du jeu permet à la créativité de se développer. Selon Winnicott, tout enfant se développe avec « une mère (fonction maternelle) suffisamment bonne ». Cette mère est capable de s’adapter activement aux besoins de son enfant. Au départ, il y a une adaptation totale et puis plus l’enfant grandit, plus l’adaptation s’amenuise au fur et à mesure que l’enfant s’adapte de moins en moins aux frustrations extérieures. La mère prend cette distance pour faire grandir son enfant.


Le bébé fait l’expérience d’une illusion d’omnipotence, tout puissant dans la réalisation de ses désirs (biberon, câlins …), sans les formuler. « Le nourrisson commence à éprouver le besoin de ce que sa mère lui offre […] il en vient à avoir l’assurance de créer des objets et le monde réel ». Ceci est à mettre en relation avec les rapports enseignant, élève. Au départ l’enseignant s’adapte à l’élève à ce qu’il est. L’élève a l’illusion qu’il est en train de créer ce que lui propose l’enseignant. N’est-ce pas l’incapacité de l’enseignant à accepter l’élève avant de lui demander de changer, qui pose problème ?


Toute phase d’illusion débouche sur une phase de désillusion : la réalité, les contraintes existent. La relation d’éducation n’est-elle pas placée sous l’alternance de ces deux phases ?

Un de ses premiers travaux était d’écouter et juste d’écouter les enfants en train d’utiliser les instruments mis à leur disposition. Même si on ne comprend pas tout, il faut tenter de rendre signifiant ce qui se passe : du musical, pas du bruit. Il met presque 10 ans à jouer avec eux et à partager la musique. Il écoute comme si c’était de la musique, et il les fait entrer dans une attitude de musicien. A la différence de l’éveil musical, il n’y a pas de jeu de règles (caractéristiques à visée éducative). On pose les contenants de la situation, le cadre : ne pas sortir, ceux qui arrivent à l’heure, en retard, ceux qui parlent, ou se taisent … C’est au prix de la négociation des caractéristiques du cadre que l’on peut laisser le contenu sans règles. Le problème est d’organiser en même temps les caractéristiques du contenant et le contenu. Tout enfant peut faire de la musique comme il dessine : « ça c’est un bonhomme » alors que c’est un gribouillage, « ça c’est de la musique » alors que c’est du bruit : « ce que tu fais n’est pas signifiant ».

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Publié dans PEDAGOGIE

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