Aspects du postmodernisme

Petite bibliographie
§ Le compositeur Mauricio Kagel : Réponses sur la situation de la musique nouvelle (1971). Il est représentatif du théâtre musical : postmodernisme, parodie, satire sociale y compris de la musique elle-même. « L’idée que nous avons de la tonalité doit être constamment révisée ».
§ J. F. Lyotard : le postmoderne, expliqué aux enfants (Ed. Galilée, 1986). « Le mot post issu de postmoderne ne signifie pas un mouvement de come back, de flash back, de feed back, c’est à dire un procès d’analyse, d’anamnèse [1], d’anagogie [2], et d’anamorphose [3] qui élabore un oubli initial. »
§ La condition postmoderne (Ed. de Minuit, 1979)
§ Béatrice Ramaut-Chevassus, Musique et postmodernisme (Que sais-je, 1998)
Le postmodernisme
La notion de culturel renvoie à une phase de la postmodernité. Ce vocabulaire déroute des idéologies et des utopies avant-gardistes. Notre époque prend congé de ces utopies. Pour certaines œuvres, la notion de culturelle aspire de nouveau à communiquer. Certaines démarches en appellent à un consensus, une aspiration à ce que la musique contemporaine sorte de son/ses ghettos. Le culturel voudrait gommer voire abolir les clivages entre l’art bourgeois, l’art d’élite, l’art populaire. Il faudrait être plus soucieux, de la valeur économique de la production artistique, et mettre provisoirement de côté sa valeur esthétique.
Un projet inachevé est alors mis sur le devant de la scène. Un projet qui ne mésestimerait pas un certain retour aux valeurs qu’un passé à pu produire au niveau historique. Par comparaison, on peut dire que la modernité n’a pas cessé de se définir en fonction de ces visées avant-gardistes, anticipatrices, voir utopiques … et ce au risque de se couper de la société. En gros, la modernité peut-être détectée de Baudelaire à R. Musil.
Par rapport à cette modernité, le postmodernisme veut en atténuer les excès, ou l’austérité des recherches intellectualistes dans l’art, voire rationalistes, et ce au risque d’une certaine nostalgie, d’un certain malaise, d’une certaine indifférenciation dans la perception dans la fonction artistique où au fond toutes les œuvres auraient leur propre valeur. Il s’agit d’une mentalité nomade, qui met en évidence ce qui est transitoire [4]. Cette mentalité vise à l’éclectisme. Il semblerait que les modèles artistiques postmodernes recourent à l’ironie, à la citation, à l’humour. C’est un discours artistique qui rencontre un certain écho, pour celles et ceux qui imputent à la philosophie des Lumières.
Le postmodernisme a été rendu possible par un certain désenchantement de la philosophie des Lumières et de la société contemporaine. Elle renvoie au delà des questions artistiques et esthétiques. En tout cas, elle renvoie à la possibilité de s’autocritiquer et de mettre en doute les grandes figures historiques qui ont prôné un progrès continu dans l’histoire de l’humanité.
Un aspect du postmodernisme à devenir incrédule à l’égard des méta récits. C’est en quelques sortes une crise qui affecte toutes les idéologies marquantes de l’époque moderne.
Arvo Pärt, Tabula Rasa
(1935, Estonie). Un langage en opposition avec la musique occidentale contemporaine. Il n’adopte pas un regard sur la musique qui aurait tiré les conséquences d’une sérialité ou d’une atonalité de la musique. Il se réapproprie consonance, diatonisme, modalité : un mode de la caractérisé pas l’absence de tension, d’attraction. chaque degré a donc une valeur égale. C’est une musique qui s’éloigne du phénomène tension/détente. Ainsi le concept de modulation n’a plus de sens. Il prône un étirement du temps en un flot continu et régulier et en même temps, il privilégie la notion de répétition « paisible » de la périodicité. Cette dernière n’a pas de fin, philosophiquement. Pärt appelle ceci la tabula rasa.
Sophia Gubaïdulina, Offerturium
(1931). Il s’agit d’un concerto pour violon. Une attitude postmoderne et en même temps un enfant plus qu’un disciple d’une transcription du ricercare de l’Offrande Musicale selon Webern. Le début : un sujet, une mélodie de timbres, technique de citation (Bach, réapproprié par Webern, cité par la compositeur).
Alfred Schnittke, Concerto pour chœur (1986)
(1934, Russie). Un texte à consonance religieuse (orthodoxe) ( le livre des lamentations d’un poète arménien du 10ème siècle nommé Grégoire Narek). Refus de toute forme académique, d’avant-gardisme comme nécessité prioritaire. Paradoxalement, le refus entraîne à se délier de la dette envers le passé. On retrouve cette préoccupation dans divers courants que l’on qualifie de courant minimaliste, ou courant de la nouvelle simplicité. Ces deux courants sont opposés masi ont pris en considération ces deux refus. Dans leur appréhension de la création musicale, le recours à la tonalité n’est nullement perçu comme une régression. Et il va de soit que la surenchère de la complexité a perdu toute nécessité [5].
[1] Evocation volontaire du passé ¹ amnésie
[2] « élévation », élévation de l’âme dans la contemplation mystique
[3] « transformer », « à nouveau », « la forme », … échapper à la nature en déformant régulièrement – selon les règles – l’objet mimé.
[4] Cf. Dictionnaire du 21ème siècle, J. Attali : un vocabulaire prospectif
[5] cf. Wolfgang Rihm