Introduction à l'ethnomusicologie
Il s'agit de notes prises lors du cours de M Gilles Léothaud. Je tenais à rendre hommage à cette personnalité exceptionnelle, à ce professeur passionné, à ce mélomane averti qui a dû captiver plus d'un étudiant. Merci M Léothaud !- Musique ethnique ? à ensemble de plusieurs ethnies (= unité culturelle liée à un mode de vis précis). Pygmées Aka ¹ musique classique d?Inde du Nord
- Musique traditionnelle ? à terme passe-partout qui ne veut rien dire
- Musique populaire ?
- Musique folklorique ? reconstruction musicales faites par des amateurs à partir de sources, vestiges de cultures disparues : tradition des violons du Berry. On recrée le répertoire de façon décontextualisée.
Aujourd?hui le champ et l?objet de l?ethnomusicologie est défini. En effet, il existe une ligne de fracture entre musique occidentale savante et toutes les autres musiques au monde. Ligne objective de partage : quelle est cette séparation ? la musique occidentale est la seule à exister à partir d?une notation musicale définitive, achevée. L??uvre acquiert une existence virtuelle : image mentale d?une ?uvre achevée. Dans toutes les autres cultures, on pratique la tradition orale. Tradition orale : ?uvres totalement latente et virtuelle créée par algorithme (monde indien irano-arabo-turc : production à partir de règle de composition) à ?uvres qui ont un nom, transmises oralement apprises par c?ur : la part d?improvisation est peu importante. La seule référence est mentale (le neurone) ¹ musique savante occidentale (la partition).
La tradition orale à fidélité et créativité. Parallèlement, l?ethnomusicologie se penche sur des musique à tradition orale. L?écriture et l?écriture musicale existe. Mais il n?existe jamais d??uvres achevées, et on ne joue jamais d?après une ?uvre écrite : il s?agit plutôt d?une aide mémoire (=notation sémantique ¹ notion prescriptible).
Typologie des cultures
Il n?existe aucune société humaine sans musique.
Autrefois dites primitives ou sauvages. Aspect « premier », irréductible de la culture.
§ Chasseur, pêcheur, cueilleur, aucun acquis du néolithique. Elles ne peuvent pas produire. Elles prélèvent sans remplacer.
§ Petit nombre d?individus dans le groupe. ~ 10, 20, 40 maximum 100 individus. Régulation : natalité peu importante, mortalité infantile élevée, taux de fécondité bas. Tous les individus sont profondément intégrés dans le groupe, et ce, dès la naissance : aucun problème d?exclusion.
§ Beaucoup de transgressions possibles. Beaucoup de tabous, d?interdis vis à vis d?une religion. Meurtres, vols, adultères n?existent pas.
§ Il n?y a pas de surproduction.
§ Peu ou pas de propriété individuelle. (cf. digression sur un communisme primitif !)
§ Consensus culturel : peu de jugement individuel, le jugement de valeur n?a pas de sens. On constate un jugement culturel d?équivalence.
§ Richesse de la culture difficile à apprécier pour nous. (outils peu adaptés). Leur pensée symbolique est omniprésente, ce sont des intellectuels : « pensée sauvage ». Les modes de raisonnement ne sont pas discursifs. Difficile appréciation de la logique (si ? alors ¹ comme ? donc).
§ Tradition orale pure. Imagination créatrice : tout le potentiel symbolique se fait à partir de sources neuronales, il n?y a pas de pièces de référence. Le renouvellement existe, mais il est lent.
§ Homo Habilis (2,4 m : projet conceptualisé, premier outil taillé) ç24hè Homo Sapiens Sapiens. Société la plus archaïque (aborigènes d?Australie) ç7minè société occidentale.
§ Vie presque toujours dans des environnements hostiles : pays froids (permafrost), déserts chauds, hautes montagnes : les sociétés ont été repoussées par ceux qui ont évolué plus vite (métal à bois).
§ La musique est constituée en secteurs : le premier répertoire étant celui du sacré, du rituel divers de la magie. Mais aussi, le répertoire du travail : chants servant à accompagner certaines tâches ; musique directe (suivant le geste) ou plus abstraite (sans rapport avec le rythme). Troisième répertoire : le répertoire privé : relation mère - enfant, circonstances domestiques. Quatrième répertoire, celui de la fête : lieu ambivalent, lieu d?une dialectique entre transgression (elle est permise : audace des m?urs) et conservation (collectif, rassemblement, liens de groupes renforcés). Une seule justification : le plaisir.
§ L?enseignement musical n?existe pas sous forme d?une institution. La transmission se fait par imprégnation : c?est en écoutant, en entendant, qu?on apprend l?essentiel du savoir (comme une langue maternelle).
§ La musique repose toujours sur un système musical, comme toutes les langues ont une syntaxe. Système qui n?est pas verbalisé, explicité. Ils ne peuvent expliquer comment fonctionnent leur musique.
è immense fragilité culturelle : sociétés toutes en voie de disparition aujourd?hui. Qu?est ce qui fait disparaître ces cultures ? trois degrés :
- ethnocide, génocide : Tasmanie (19ème), Amérique du nord, du sud (Amazonie)
- déculturation : tuer la culture : missions religieuses, gouvernements et pressions gouvernementales (qui détestent les nomades) (Alakalu, Selk?nam, Yamanas). On les a privé de subsistances.
- Assimilation (dans le meilleur des cas). Il n?y a pas d?avenir pour eux (la terre ne se possède pas). Transformer leur culture en mythologie.
Néolithique : découverte de l?élevage (chasse), l?agriculture (cueillette), poterie, puis le travail du métal. Changement fondamental : sédentarisation, notion d?appropriation.
Vise à l?accumulation de biens matériels, à accroître le bien qu?elle possède. Ce sont des sociétés à développement continu.
§ Ces sociétés dégagent une surproduction : accroître la quantité d?énergie.
§ Par nature, ces sociétés sont inégalitaires, elles n?ont jamais visé l?égalité. c?est la conséquence du surproduit social. Notion de patrimoine
§ Surproduction sociale : il faut le défendre à militaire, armée, tripartition aryenne (système de castes, stabilité des structures sociales) :
§ Pouvoir, force
§ Rituel, religion
§ Production, paysans
§ Inégalité homme/femme
§ Ces sociétés ont le sens de l?Histoire. Ecriture, archivage du passé, Histoire. La connaissance ne dépend plus d?un récit (tradition orale). On dispose à tout moment de la connaissance. Evolution rapide et idée consciente et positive du progrès.
§ La musique est très fonction de tous ces traits. Elle revêt un caractère savant : elle a un caractère élitiste et s?adresse aux couches instruites soit aux classes dominantes (classes politiques). Elle fait l?objet de spéculation rationnelle : la théorie musicale fait l?objet d?une verbalisation. Il existe un discours sur la musique.
§ L?écriture musicale existe, avec plus ou moins de précision. On n?écrit pas la musique pour qu?elle soit jouée. L??uvre n?a pas ce caractère achevé. Cette notation sert à des fins théoriques.
§ L?enseignement musical prend donc un caractère institutionnel : il existe des écoles, des bâtiments, des aîtres, des courants de pratique et de pensée. Relation maître/disciple. L?enseignement peut prendre une forme initiatique et individuelle : secret de l?art. (¹ initiation collective). La sic obéit au concept d?Art : elle a ouvertement un projet esthétique.
§ Existence d?une pratique individuelle privée. D?autre part, il existe des concerts « privés ». la notion des concerts publics apparaît au premier 1/3 du 17ème siècle, aussi avec la notion de démocratie.
§ Jugement individuel et notion de goût musical. Concepts totalement absents des sociétés archaïques.
[?]
Ecoute
1. Kilkraut (inuit) : répétitions, facture de l?instrument, gens qui parlent, complexité du résultat sonore, instrument jouable par tout le monde, échelle de 4 sons
2. Sarangi (inde) : « propreté », modes, plusieurs possibilités de jeu, tablas, silence, complexité de l?instrument, prix, virtuosité, élitisme, échelle modale
è suppression de bruit, pureté : concept traditionnel de la musique occidentale. Homogénéité, pas de rupture de timbre. D?autres cultures cherchent le contraire : un son pur est parfois un son pauvre (ajout de dispositifs bruissants).
è fonction socio-musicale : intégration, élitisme
è tempéraments différents, notion de justesse, souplesse de la hauteur.
Bibliographie et labels
Lévi-Strauss, Race et Histoire
A. Finkelkraut, la défaite de la pensée
Gilbert Rouget, la musique et la transe
Auvidis
CNRS musée de l?Homme
OCORA
Musée ethnographique de Genève
Maison des cultures du monde
Ethnic Folkways