Présentation de l'ouvrage de Jean Houssaye : la pédagogie, une encyclopédie pour aujourd'hui
HOUSSAYE, Jean, La pédagogie, une encyclopédie pour aujourd'hui, ed. ESF

EN débutant son l’introduction par cette première question – qu’est ce que la pédagogie ? – l’auteur s’interroge sur le partage et l’articulation entre pratique et théorie pour le pédagogue d’une part (il utilise de la théorie mais n’en fabrique pas), pour le spécialiste en sciences de l’éducation de l’autre (il utilise de la pratique mais n’en fabrique pas), enfin pour le formateur (il utilise de la théorie mais n’en fabrique pas, il utilise de la pratique mais n’en fabrique pas).
Le présent ouvrage se propose d’étudier chaque pôle constituant la situation pédagogique, situation qui malgré tout, garde un caractère original et unique. Pour autant, une démarche compréhensive peut passer par l’utilisation de modèles théoriques, qui, sans figer et stériliser la situation éducative, serviront de point de départ à l’élucidation de son fonctionnement et de sa structuration :
« Ce modèle, c’est celui du triangle pédagogique : il cherche à définir comment fonctionne la situation pédagogique, et cela à travers sept propositions qu’il s’agira dénoncer et d’expliquer. Comment est structuré le champ pédagogique ? Quelles sont donc les règles qui président à sa construction et à son fonctionnement »[1].
- La situation pédagogique peut être définie comme un triangle composé de trois éléments, le savoir, le professeur et les élèves, dont deux se constituent comme sujets tandis que le troisième doit accepter la place du mort ou, à défaut, se mettre à faire le fou.
- Toute pédagogie est articulée sur la relation privilégiée entre deux des trois éléments et l’exclusion du troisième avec qui cependant chaque élu doit maintenir des contacts. Changer de pédagogie revient à changer de relation de base, soit de processus.
L’auteur défini le processus comme étant une relation privilégiée entre deux sujets, relation qui ne peut exister (sa présence en est donc indispensable) que dans l’exclusion d’un troisième élément. L’acte pédagogique est donc avant tout un moment de choix.
- Les processus sont au nombre de trois : « enseigner », qui privilégie l’axe professeur-savoir ; « former », qui privilégie l’axe professeur-élèves ; « apprendre » , qui privilégie l’axe élèves-savoir. Sachant qu’on ne peut équivalemment tenir les trois axes, il faut en retenir un et redéfinir les deux exclus en fonction de lui.
| PROCESSUS | PROFESSEUR | ELEVES | SAVOIR |
| ENSEIGNER | SUJET | Insatisfaction, manque d’intérêt, chahut, ennui | SUJET |
| FORMER | SUJET | SUJET | Changement brutal et volontaire de processus, de la part du professeur (retour à une relation privilégiée avec le savoir), ou des élèves (retour à une situation de mort) |
| APPRENDRE | Préparateur, accompagnateur efficace mais attention à l’abus (retour au processus enseigner) | SUJET | SUJET |
- Une fois installé dans un processus, on ne peut en sortir de l’intérieur, on reste toujours tributaire de sa logique ; le changement ne peut s’opérer qu’en s’établissant d’emblée dans un autre processus ; les logiques des trois processus sont ainsi exclusives et non complémentaires.
La pratique pédagogique est affaire de choix, mais aussi d’action. Le paradoxe réside dans le fait que toute action se veut le mieux possible globalisante, mais choisir oblige à renoncer à la perfection : chaque carence d’un processus trouve sa solution dans les deux autres, mais pour agir il faut choisir.
- Le triangle pédagogique s’inscrit lui-même dans un cercle qui représente l’institution. Mais le rapport avec cet englobant est différent selon les processus : identité pour « enseigner », opposition pour « former », tolérance pour « apprendre ».
Les données contextuelles dans lesquelles s’inscrit la situation pédagogique doivent être prises en compte : le programme nationale, la politique de l’équipe pédagogique, l’éclairage de la salle de classe, sont autant de données qui influent sur l’acte pédagogique.
- Un processus se maintient si l’axe central, tout en s’imposant comme premier, laisse suffisamment de jeu et de compensation aux deux autres. Dans le cas contraire, le fonctionnement n’est pas satisfaisant : le mort se met à faire le fou.
L’acte pédagogique relève du choix, de l’action, mais aussi d’un dosage habile entre ce que le professeur accepte et ce qu’il refuse, ce qu’il choisit et ce qu’il exclut.
- Tout processus est loin d’être univoque ; il admet en son sein des pratiques pédagogiques différentes selon la part faite à chacun des deux axes annexes ; il reste que les familles pédagogiques sont d’abord constituées par la structure qui les constitue et que, à ce titre, elles s’excluent.

Le modèle du triangle pédagogique est un modèle, avec ses limites. Mais l’auteur ne laisse pas croire à une possible réduction de la situation pédagogique, multiple dans son originalité, unique dans sa complexité :
« Nous n’allons donc pas rassembler les différentes pédagogies, mais, en deçà, les éléments, les fondements de la pédagogie. Il est bien entendu impossible de prétendre exposer et disposer tous les aspects du « chantier » pédagogique. Nous avons cherché à retenir les recherches significatives, mais non exhaustives, actuellement en cours dans ce secteur éducatif »[2].