BARDIN, Laurence, l'Analyse de contenu

Publié le par stephen0711


Un peu de vocabulaire …

 

Herméneutique : [expliquer] science de l’interprétation, de la critique

Inférence : la déduction est une inférence. Opération intellectuelle. Règles d’inférence

Hypothèse heuristique : qui sert à la découverte

Première partie : histoire et théorie

Chapitre I

§         Préhistoire : herméneutique, rhétorique, logique

§         Début du siècle, pendant 40 ans, l’analyse de contenu prend son essor aux USA (journalisme, Mesure scientifique). Avec H. Lasswell (1902 – 1978), analyse de presse et de propagande

§         1940 – 1950 : recherches à teneur politique aux USA (à propos de la propagande nazie dans les journaux et les périodiques). Le nombre de chercheurs spécialisés en analyse de contenu augmente, les domaines d’application se différencient (littérature, domaine clinique). Selon B. Berelson : «  l’analyse de contenu est une technique de recherche pour la description objective, systématique et quantitative du contenu manifeste  de la communication, ayant pour but de les interpréter ». Méthodologie émergente, exigence d’objectivité et de rigueur au détriment d’autres possibilités ou nécessité.

§         1950 – 1960 : extension des applications de la technique à des disciplines très divers. Après la guerre, désintérêt, blocage, lassitude pour l’analyse de contenu. L’acquis antérieur est ignoré. Début 1950 : un congrès sur les problèmes de psycholinguistique donne un regain d’intérêt à l’analyse de contenu. Suivent : ethnologie, histoire, psychiatrie, psychanalyse, psychologie, sciences politiques, journalisme. L’exigence d’objectivité se fait plus souple. La combinaison entre compréhension clinique et approche statistique est mieux acceptée. L’analyse de contenu vise enfin l’inférence : « on peut remonter aux causes, descendre aux effets, des caractéristiques des communications ».

§         1960 – 1975 : recours à l’ordinateur, intérêt pour les communications non verbales (sémiologie), travaux linguistiques de plus en plus précis.

§         Après 1975 : prolifération des micro-ordinateurs, débuts de l’intelligence artificielle, augmentation des possibilités informatiques. L’analyse de contenu marque un peu le pas en matière d’innovation méthodologique.

 

Chapitre II

Il faut dire non (comme Bachelard, Durkheim, Bourdieu …) à « l’illusion de la transparence » des faits sociaux, refuser ou tenter d’écarter les dangers de la compréhension spontanée. Pour rompre avec les a priori, les « prénotions », cela nécessite des « techniques de rupture », et de la méthodologie. Mais attention à l’utilisation anecdotique, naïve et systématique d’un tel instrument. Deux visées : le dépassement de l’incertitude, et l’enrichissement de la lecture. Deux fonctions : une fonction heuristique « pour voir », une fonction d’administration des preuves « pour prouver ». L’analyse de contenu est un ensemble de techniques d’analyse des communications. A ce champ très étendu que sont les communications, répond un éventail d’outils adaptables à chaque situation.

Communication : tout transport de signification d’un émetteur à un récepteur contrôlé ou non par celui-là. On distingue les champs de communication linguistiques et les champs de communication non linguistiques (champ sémiologique ou sémiotique).

Si l’on considère tous les types de communication, tout semble analysable. Le traitement descriptif de manière systématique et objectif est le premier temps de la procédure de l’analyse de contenu. Elle s’attache aux signifiés et aux signifiants. L’analyse catégorielle tente de délimiter des « unités de codage » ou « d’enregistrement » (mot, phrase, minute, cm²), des « unités de contexte » (des problèmes subsistent de fait en ce qui concerne l’image). Il s’agit donc du passage de texte au sécateur, à la moulinette.

Exemple : on répartit dans des boîtes le contenu des sacs à main de femmes. Plusieurs critères de répartition : valeur marchande de chaque objet, fonction des objets. Plusieurs données peuvent être déduites : appartenance socioculturelle à telle heure ou à tel point d’utilisation du métro. Ou sinon, analyse de contingence ou structurale : association, équivalence, exclusion.

 

Définitions :

-          L’analyse de contenu apparaît être l’ensemble des techniques d’analyse des communications utilisant des procédures systématiques et objectives des descriptions du contenu des messages, à obtenir des indicateurs (quantitatifs ou non), permettant l’inférence de connaissances relatives aux conditions de production/réception (variables inférées) de ces messages.

-          Le but est l’inférence de connaissances relatives aux conditions de production (ou éventuellement de réception), à l’aide d’indicateurs (quantitatifs ou non)

 

1.        Description = énumération, résumée après traitement, des caractéristiques du texte

2.        Inférence = procédure intermédiaire donnant des indications sur les causes ou les effets

3.        Interprétation = signification accordée à ces caractéristiques

 

Il existe une articulation entre :

1.        la surface des textes décrite et analysée è structure sémantique ou linguistique

2.        les facteurs qui ont déterminé ces caractéristiques, déduits logiquement (variables inférées) è structure psychologique ou sociologique

 

La lecture de l’analyse de contenu des communications n’est pas, ou n’est pas seulement, une lecture « au pied de la lettre », mais la mise à jour d’un sens au second degré.

 

Selon F. de Saussure, fondateur de la linguistique parole ¹ langue

-          linguistique : à langue, aspect collectif et virtuel du langage. Manuel de jeu de la langue. Etude de la langue.

-          Analyse de contenu : à parole, aspect individuel et actuel (en actes) du langage, essaie, à l’aide de parties observables par exemple, de comprendre les joueurs ou l’ambiance de jeu à un moment donné, quête, à travers des messages, des réalités autres.

 

Analyse de document = analyse de contenu – fonction d’inférence

è opération ou ensemble d’opérations visant à représenter le contenu d’un document sous une forme différente de sa forme originelle afin d’en faciliter la consultation ou le repérage dans un stade ultérieur (= résumés, indexation).

Deuxième partie : pratiques

Chapitre I

Analyse des résultats à un test d’association de mots : stéréotypes et connotations

1.        mots inducteurs (stimuli) à mots induits (réponses)

2.        pour une classification de ces unités sémantiques, quel ordre mettre, sur quels critères ?

3.        réunir et décompter les mots identiques, synonymes ou proches sémantiquement = première procédure de condensation

4.        établissement par exemple d’un diagramme en bâton par ordre décroissant de fréquence

5.        classer les unités de signification en créant des catégories introduisant un ordre supplémentaire révélateur d’une structure interne

Chapitre II

Analyse de réponses à des questions ouvertes : la symbolique de l’automobile

Chapitre III

Analyse de communication de masse : l’horoscope d’un magazine

-          Des remarques formulables à titre d’hypothèses provisoires grâce à une lecture attentive, critique, déjà « distante » par rapport aux mécanismes et valeurs sous-jacents, et … intuitive.

-          Analyse thématique d’un texte

è ceci illustre bien l’allure de « va-et-vient » de l’analyse de contenu, entre théorie et technique, hypothèses, interprétations et méthodes d’analyse.

-          analyse lexicale et syntaxique : il ne s’agit plus de repérer et décompter, puis classer des éléments de signification, mais de prendre en compte comme matériel d’analyse les signifiants eux-mêmes : nécessité de conventions, possibilités de comparaison.

Chapitre IV

Analyse d’entretiens : vacances et téléphone

Comment préserver « l’équation particulière de l’individu » selon G. Michelat, tout en faisant la synthèse de la totalité des données verbales provenant de l’échantillon des personnes interrogées ? Ou encore, comme le dit aussi Michelat, comment « se servir de la singularité individuelle pour atteindre le social ». Une grille d’analyse catégorielle laisse échapper le latent, l’original, le structurel, le contextuel

1.        Déchiffrage structurel centré sur chaque entretien. Comprendre de l’intérieur la parole d’une personne.

2.        Transversalité thématique : consiste à détruire, avec ciseaux et colle (ou traitement de texte), ce petit jeu de saute-mouton de l’esprit (une pensée qui se cherche).

Il y a une organisation sous-jacente, une sorte de raisonnement, affectif et cognitif, souvent non conscient dans la mesure où l’entretien est un discours spontané plutôt qu’un discours préparé.

Importance de la première phrase : où l’individu n’a pas le temps de se « défendre ».

Une lecture :

-          syntagmatique : suivre le cheminement, unique et réalisé dans un entretien, d’une pensée qui se manifeste par une succession de mots, de phrases, de séquences/

-          paradigmatique : avoir à l’esprit l’univers des possibles : cela n’est pas dit là, mais cela pourrait l’être, ou l’est effectivement dans un autre entretien.

Analyse des oppositions

Analyse de l’énonciation, c’est à dire une lecture «  de la manière de dire ».

è Possibilité de dégager la substantifique moelle, tant sur le plan :

-          de l’organisation cognitive

-          que de la thématique profonde

 

Troisième partie : méthode

 

Si la deuxième partie sert d’illustration aux techniques d’analyse de contenu, la troisième partie se donne les moyens de détailler les éléments méthodologiques nécessaires à sa mise en œuvre. De ce fait, cette partie ne pourra faire l’objet d’un résumé exhaustif mais relèvera les grandes étapes d’une telle démarche.

 

Chapitre I : organisation de l’analyse

Préanalyse : intuitive, cette phase permet d’aboutir à un plan d’analyse, à un programme. Pour cela, la préanalyse requiert :

-          le choix des documents

-          la formulation des hypothèses et des objectifs, afin de savoir pourquoi on analyse et l’expliciter pour savoir comment analyser.

-          l’élaboration d’indicateurs sur lesquels s’appuiera l’interprétation terminale

L’exploitation du matériel : après sa mise en place, il s’agit de faire fonctionner le programme

Le traitement des résultats obtenus et leur interprétation : tableaux de résultats, opérations statistiques

 

Chapitre II : codage

Il permet de mettre en relief le contenu du matériel à travers sa transformation :

-          Découpage : choix des unités caractéristiques (U.C.) : mot, thème, objet ou référent, personnage, évènement, document.

-          Enumération : choix des règles de comptage : la manière de compter ce que l’on compte

-          Classification et agrégation : choix des catégories

 

Le codage implique aussi le choix d’une approche :

-          quantitative : précise, objective, rigide, à visée descriptive, pour la vérification des hypothèses

-          qualitative : plus intuitive mais plus souple, pour la formation des hypothèses

 

Chapitre III : catégorisation

Cette phase oblige l’analyste à définir des critères de classification selon des caractères communs entre les éléments. Ceci à travers :

-          un inventaire : isoler les éléments

-          une classification : répartir les éléments, donc chercher ou imposer une certaine organisation aux messages.

Il s’agit en fait « de fournir par condensation une représentation simplifiée des données brutes ». Notons que la catégorisation peut-être soumise à un traitement informatique (index).

 

Chapitre IV : l’inférence

« L’analyse de contenu est un bon instrument d’induction pour rechercher les causes (variables inférées) à partir des effets (variables d’inférence ou indicateurs repères dans le texte) ».

L’analyse doit se demander sur quoi il doit conclure : l’émetteur, le récepteur, le message, le médium (support matériel du code, la télévision par exemple).

Publié dans PEDAGOGIE

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