Francis Poulenc, Litanies à la vierge noire

Publié le par stephen0711

FRANCIS POULENC (1899 – 1963)

Litanies à la vierge noire

 

autorspoulenc.jpgIl est aux antipodes de Boulez : le plaisir musical est sa règle de conduite.

« Mon canon, c’est l’instinct »

« Je n’ai pas de principe et je m’en vante »

« Je n’ai aucun système d’écriture, système = truc »

« L’inspiration est une chose mystérieuse qu’il vaut mieux ne pas expliquer ».

Bibliographie

Poulenc. Renaud Machard

Pierre Bernac. Francis Poulenc et ses méthodes

Henri Hell. Francis Poulenc, un musicien français

Entretien avec Claude Rostand

Correspondances (1910 – 1963)

Œuvre

Important corpus pianistique. C’était un très bon pianiste. petites merveilles, mais aussi pièces écrites au fil de la plume avec relâchement.

1918 : Mouvements perpétuels

Histoire de Babar le petit éléphant

L’embarquement pour Cythère

Musique vocale très abondante : mélodies, cantates, monologues, mélodrames. Sur du Apollinaire, Eluard.

Musique chorale fort abondante : les litanies à la vierge noire pour voix de femme et orgue / et orchestre.

 musique religieuse (à caractère) : les litanies, la messe, les quatre motets pour un temps de pénitence, stabatmater, gloria, répons des ténèbres

 versant profane : figures humaines (double chœur a capella)

Musique lyrique : ambiguïté de Poulenc : Dialogue des Carmélites (Bernanos), Mamelles de Tirésias (Cocteau)

Musique d’orchestre : les biches, les animaux modèles (d’après les fables de Lafontaine).

Musique de chambre aussi abondante : sonate pour flûte, sonate pour violon, sonate pour violoncelle, sonate pour deux clarinettes, sonate pour clarinette et basson, sextuor, quatre mains, élégies pour cor et piano.

Concertos : concert champêtre : clavecin et orchestre (pour Vanda Landowska, pianiste polonaise, admirée par Horowitz, a ressuscité, a repensé le clavecin). Aubade : pour piano et 18 instruments. Concerto en rém pour deux pianos. Concerto pour orgue et orchestre (orgue, orchestre à corde et timbales).

Il y a en lui deux natures contradictoires : « moine et voyou » selon lui. Inséré dans la bonne société parisienne, il vivait dans un idéal très bourgeois, adorant pourtant s’encanailler.

Les litanies à la vierge noire (1936)

1936 : Poulenc apprend la mort d’un ami dans un accident de la route : « sa mort m’a bouleversé […], je me demande si je claquais aujourd’hui ce qu’il se passerait ». Voyage dans le sanctuaire de Rocamadour. Il a un choc mystique et écrit en sept jours ce chœur de femmes à trois parties et orgue (première version). Selon Yvonne Gouverné : « tout était changé dans la vie spirituelle de Poulenc […], et il se mit à écrire cette œuvre si pure pour chœur de femmes et orgue ».

C’est une œuvre courte et dense. La version pour orgue est plus fruste et plus vraie. La litanie : formule répétée inlassablement dans l’espoir que Dieu répondra à tant d’insistance. A un moment donné, la prière est insuffisante, et le seul moyen d’exprimer la douleur, de vide intense, c’est une sorte de cri qui tournoie sur lui-même de manière ascendante. Texte : seigneur ayez pitié de nous, Jésus Christ ayez pitié de nous, etc…


  • Introduction : Limpidité, calme. La musique semble signée, hésitation des altération allant jusqu’à la bitonalité. Mais attention, pas d’atonalité. La cellule s’inspirera de cette intro, de manière fugitive et très nette.

  • Première litanie : mesures 10 à 17. Kyrie Eleison. « humblement ». Un crescendo se fait par l’ajout des voix. Sens aiguë de la prosodie.

  • 18 – 34 : la Trinité : le Père, le Fils et le Saint Esprit. Déploiement des trois voix (soprano, mezzo, alto), sur deux octaves la grave / la aiguë, accompagnement quasiment absent ( a capella ). Sorte de pédale mobile la-do des mezzo soutenus par l’alto. On peut souligner le legato général des voix avec une prosodie toute naturelle : « ayez pitié de nous » :

    litanies.jpg

    Après les quintes, on a des septièmes parallèles. Très souvent chez Poulenc, des balancements sur la tierce mineure. Ascension mélodique figurative qui débouche sur un cri (cadence rompue).pour une prosodie la plus fluide possible, l’auteur change de mesure 3/4 2/4.

  • Litanie suivante : la reine du sanctuaire. Poulenc partage avec Mozart ( ! ?) l’inspiration mélodique. Les trilles sont là pour introduire de l’électricité. Il est question de guerre, d’épée, de bataille, cette ambiance guerrière créée avec peu de moyens. La tierce mineure est omniprésente. Orchestre serpent. Peu à peu, la musique s’effondre dans une chromatisme pauvre terminée sur un conclusion suspensive.

  • Agnus Dei : sorte de « berceuse de la douleur » (Brahms) avec le statisme de la voix. Alternance et simultanéité mi bécarre/ mi bémol. Admirable polymélodie ( polytonalité) à la différence de Milhaud où polymélodie = polytonalité. Renvoie à la figure du Christ.

  • Coda instrumentale : on retrouve le début … on pourrait recommencer, c’est le propre de la litanie.

Conclusion

Langage réellement personnel ancré dans une personnalité à la foi très profonde. Et tout ça dans une œuvre brève mais très dense. Poulenc : un poète proche d’écrivains et poètes avec lesquels il était en immédiate harmonie. Comprendre Poulenc, c’est comprendre l’homme et le poète. Sa musique passe par des états follement contrastés. Elle a beaucoup de versatilité. Poulenc est un faux nonchalant, faux distrait, faux paresseux. Son instinct l’amène à saisir ce qui peut nourrir son aspiration : un parisien de Paris (les quais de la Seine), de souche aveyronnaise, adorant la Touraine (beauté et calme de la Loire). Ricardo Viñes, son prof de piano lui a inculqué la technique, un toucher incomparable. Gourmand du goût et de la vue.

 

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DUKE 12/07/2007 13:35

Grand merci pour ton com.,j'apprécie.
Amicalement.
Duke